
Quand les supporters anglais s’enflamment, ce n’est pas qu’avec des pintes et des cris. C’est avec un chant. Un seul. Un refrain mythique repris à l’unisson dans l’enceinte de Twickenham. Vous l’avez sans doute déjà entendu : “Swing Low, Sweet Chariot”. Mais connaissez-vous vraiment son histoire ?

En résumé :
✅ Swing Low, Sweet Chariot est à l’origine un spiritual afro-américain
✅ Repris pour la première fois à Twickenham en 1988
✅ Son usage fait polémique depuis 2020
Si vous avez déjà assisté à un match à Twickenham, vous l’avez forcément entendu. Un refrain entonné en chœur par des dizaines de milliers de supporters anglais : “Swing Low, Sweet Chariot…”
Ce chant est devenu, au fil des années, le symbole sonore du rugby anglais. Incontournable dans les tribunes, il accompagne en chœur chaque rencontre du XV de la Rose à domicile.
Pourtant, les origines de “Swing Low, Sweet Chariot” sont bien loin des pelouses. C’est ce mélange d’histoire, d’émotion et de controverse qui en fait un chant à part dans l’univers du rugby.
Avant de devenir l’hymne non-officiel du rugby anglais, “Swing Low, Sweet Chariot” était un spiritual afro-américain. C’est-à-dire un type de chant religieux vocal né au sein des communautés d’esclaves noirs aux États-Unis au XIXᵉ siècle.
Composé dans les années 1860 par Wallace Willis, un ancien esclave vivant dans l’Oklahoma, le chant parle d’espoir, de libération et d’une vie meilleure. Il évoque notamment l’aspiration à rejoindre le paradis dans un chariot céleste, comme le prophète Élie selon la Bible.
Avec ses paroles poignantes et sa mélodie émotive, il est devenu un classique du répertoire gospel, repris par les chorales, les artistes folk, et même des légendes du jazz comme Louis Armstrong.
Mais comment ce chant de foi et de liberté s’est-il retrouvé dans un stade de rugby à Londres ?
En mars 1988, l’Angleterre reçoit l’Irlande dans le Tournoi des Cinq Nations. Le XV de la Rose est alors en pleine crise : 15 défaites sur leurs 23 derniers matchs et seulement deux essais inscrits à domicile en deux ans dans la compétition.
Ce jour-là, l’ailier anglais de 23 ans Chris Oti, tout juste sélectionné pour la première fois, inscrit un triplé historique. Trois essais, une performance très rare dans le Tournoi à l’époque. L’Angleterre s’impose 35 à 3.
Dans les tribunes, un groupe de l’école de l’abbaye Saint-Edmund de Douai, impressionné par la performance du jeune Anglais, commence à chanter “Swing Low, Sweet Chariot” en hommage au héros du jour. Une tradition, puisqu’ils avaient l’habitude de chanter cet hymne pour leur propre équipe de rugby.
À la surprise générale, tout Twickenham reprend le chant comme un seul homme. Un rituel est alors né.
Depuis ce jour, “Swing Low, Sweet Chariot” accompagne l’équipe d’Angleterre, en particulier à Twickenham. Il est repris par 82 000 personnes pendant les matchs, avant les engagements, après les essais, et quand l’équipe est en difficulté. Autrement dit, très fréquemment.
Chanté a cappella, c’est un chant de soutien, de communion, et d’identité rugbystique qui offre une véritable signature acoustique au rugby anglais.
Reprise de “Swing Low, Sweet Chariot” par Ella Eyre pour la Coupe du Monde de Rugby 2015 organisée en Angleterre.
Malgré sa popularité, “Swing Low, Sweet Chariot” est aussi devenu objet de controverse. En 2020, dans un contexte mondial de réflexion sur le racisme, notamment suite au meurtre de George Floyd aux Etats-Unis, la Rugby Football Union (RFU) a lancé une enquête sur le chant, rappelant publiquement ses origines liées à l’esclavage.
Résultat : après avoir envisagé une interdiction pure et simple, la RFU a décidé de ne plus utiliser le chant dans ses communications officielles, ni de le promouvoir, notamment auprès des enfants.
Des joueurs du XV de la Rose ont également pris position. Le deuxième ligne Maro Itoje, plus de 90 sélections, a annoncé en 2022 qu’il ne chanterait plus “Swing Low, Sweet Chariot”. Il reproche au chant ses origines et le contexte historique dans lequel il a été créé.
Malgré cette remise en question légitime, “Swing Low, Sweet Chariot” reste, pour l’instant, ancré dans la culture du rugby anglais.
Comme souvent dans l’histoire du sport, certaines traditions populaires méritent d’être questionnées autant que célébrées. Le débat autour de “Swing Low, Sweet Chariot” illustre la complexité de conjuguer passion sportive et conscience historique.
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